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On parle de plus en plus d’« ubérisation », quelle est la vraie définition de ce terme ou comment définir ce modèle ?

Nous vivons un « palier » important dans la chaîne ininterrompue de l’innovation.
On souhaiterait nous faire croire à une révolution en terme d’innovation mais il ne s’agit pas de cela.

Il s’agit plutôt à notre sens, de la marque de la conjonction de 2 phénomènes :

  1. L’avènement de services faciles, rapides, centrés sur le client, qui font appel à un modèle qui vient heurter violemment le modèle dominant (à savoir l’utilisation massive d’indépendants, qui touche de plein fouet le modèle salarial dominant)
  2. Et la fin, potentielle, d’un modèle auquel toute une génération, par choix ou par nécessité, ne fait plus confiance, et préfère tenter une aventure risquée mais plus profitable à court terme, que de continuer à vivre dans le système actuel.

Une large partie de la population touchée par l’« ubérisation », est une génération désabusée par un système qu’on lui avait vendu comme protecteur et sécurisé, par une solidarité qui lui serait profitable et constituerait en permanence un matelas de sécurité, et préfère désormais la carte du « tout pour moi ».

L’ubérisation capitalise donc sur la disparition d’un système sans lequel, pour le moment, elle ne pourrait prospérer. Néanmoins, elle permet de façon surprenante et unique, à des acteurs sortis de nulle part, souvent récemment créés, de venir concurrencer des sociétés traditionnelles, ancrées, sans avoir à faire les investissements et détenir les actifs que ces dernières ont dû créer. Elles offrent un service plus rapide, plus performant, avec une souplesse que ne peuvent se permettre leurs concurrents.

L’ubérisation c’est donc le choc de deux mondes qui obéissent à des règles totalement inverses, à l’exception de la typologie de leur financement.

La formation est-elle touchée par l’« ubérisation » ? Si oui, comment ?

Elle l’est déjà, sans le savoir. Aucun secteur n’échappera à l’ubérisation.
Tout d’abord la formation devient collaborative. Cela remet en question, dans de nombreux cas, le rôle des formateurs, la qualité et le contenu des formations.

Les formateurs, pour commencer, vont être challengés : sur leur savoir, sur leur légitimité, sur l’actualisation de leur savoir, mais surtout sur leur façon d’enseigner, car ils devront passer de dispensateur de savoir à organisateur de savoir, pourvoyeurs d’aptitudes, modérateurs, coordinateurs.
Le savoir va devenir simple à acquérir. Il ne sera plus la valeur la plus importante.
La valeur résidera sur son efficacité et son application sur mesure à la résolution de problèmes. Surtout pour la formation professionnelle : les salariés vont former les salariés, se transmettre leur savoir dans le contexte, faire de la formation « résolutive » notamment.

Les écoles sans professeurs vont se multiplier, notamment sur les formations technologiques. Les élites seront remises en cause, car leurs formations ne font que dupliquer l’existant en l’améliorant à la marge, alors que l’innovation nécessite de s’évader de l’existant, des référentiels disponibles.

Les MOOC sont une fausse révolution, mais l’arrivée de l’intelligence artificielle, du « deep learning », de la réalité virtuelle et augmentée, vont bouleverser la destinée de la formation. Le cerveau humain des générations internet et numérique, change, lui aussi. La mémoire et la concentration disparaissent, diminuent. L’humain change et la formation devra s’y adapter !

D’après vous, quelles sont les grandes tendances « disruptives » qui vont toucher le secteur de la formation ? Quelle sera la formation de demain ?

Réponse déjà un peu donnée dans la réponse précédente. Mais à très court terme, c’est la formation collaborative qui est testée de plus en plus largement.
Des salariés vont partager, via des outils collaboratifs, des contenus de formation qu’ils vont créer eux-mêmes, et partager avec ceux qui en ont besoin, comme ils le font déjà sur YouTube.

La réalité virtuelle va également permettre de faire un bond sur le savoir-faire et savoir-être. Se projeter dans un monde qui est presque réel, voire augmenté, permettra, par une expérience vécue, de simuler et former, mieux qu’un formateur ne pourra le faire. Ces tendances se développent déjà et vont gagner en force et importance en moins de 3 ans.

Qui sont les acteurs de la formation de demain ?

Si l’on en croit le « circuit » habituel de l’ubérisation, la plupart des acteurs qui disruptent le marché, n’en proviennent pas. Ils sortent du néant et apportent un service, sur la base d’un modèle différent des acteurs traditionnels. Il faut donc être en veille sur le marché et donner leur chance à des acteurs nouveaux, qui donneront à notre pays, une avance décisive sur la formation.

La formation, sous sa nouvelle forme, pourrait devenir l’or noir du siècle à venir. Il s’agirait donc pour l’Etat, les OPCO, et les grands comptes, d’aller à la vitesse de l’évolution plutôt que de la subir, car ces acteurs devraient, dès lors, faire également évoluer leur modèle. Être dans l’anticipation leur permettrait de maintenir leur présence, avec un rôle différent.

denis-jacquet

Denis Jacquet, Fondateur et président de Parrainer la Croissance

Passionné par l’entrepreneuriat, il reprend en 1997 une entreprise de e-learning, Edufactory, qu’il dirige encore aujourd’hui. Il est le créateur et le président de Parrainer la Croissance, association dédiée à la croissance et à l’internationalisation des petites et moyennes entreprises. Il a également été chef de file aux Assises de l’Entrepreneuriat. En juin 2014, il co-crée l’Observatoire de l’Ubérisation.

 

source : https://www.dunod.com/

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